COVID-19 Plus le confinement va durer, plus les tensions vont augmenter
Posté : 06 avr. 2020 09:20
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"Plus le confinement va durer, plus les tensions vont augmenter" : quand des contrôles d'attestations dégénèrent en violences policières
Violaine Jaussent France Télévisions
Mis à jour le 06/04/2020 | 07:03 publié le 06/04/2020 | 07:03
Vérification des attestations, sanction des contrevenants… Leur principale mission actuelle est de faire respecter les règles de confinement, pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Les forces de l'ordre ont renforcé les contrôles, vendredi 3 avril, au début des vacances scolaires de printemps, afin de limiter les départs entre régions, qui risqueraient de faire circuler le virus. Mais bien avant ce troisième week-end de confinement, plusieurs vidéos d'interpellations violentes ont circulé pour témoigner de tensions entre les policiers et la population dans certains quartiers.
Le cas de Sofiane, 21 ans, agent logistique pour Amazon, est l'un des plus médiatisés. Il raconte avoir quitté, sans attestation, le domicile de son père, aux Ulis (Essonne) vers 17 heures, le 24 mars. Sofiane se rend chez sa mère, à 500 mètres de là, pour se doucher avant de prendre son poste de nuit. Dans la rue, il voit des amis et se dirige vers eux quand il apprend que la Brigade anti-criminalité (BAC) des Ulis patrouille. Alors Sofiane panique. "Le tort qu'il a eu, c'est de partir en courant lorsqu'il a vu les forces de l'ordre. Il a expliqué qu'il avait fait ça parce qu'il avait peur de se faire tabasser et qu'en plus, il n'avait pas son attestation sur lui", raconte sa mère à l'AFP.
Une plainte déposée pour violences aggravées
Les policiers rattrapent Sofiane et le frappent violemment, à coups de pieds et de matraque télescopique. Mis à terre, il est insulté, puis menotté, fouillé, palpé, avant d'être conduit sous le porche d'un immeuble. Là, un policier couvre la bouche de Sofiane avec sa main. Ce dernier le mord. Il est alors roué de coups et tombe. Des habitants des immeubles avoisinants filment la scène, sous plusieurs angles. "Arrêteeez !" Les cris stridents du jeune homme résonnent dans les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
Violences policières, encore.
Cette fois, ça se passe aux Ulis (91), le 24 mars 2020. Sur cette vidéo, Sofiane, 21 ans, violemment interpellé par des agents de la BAC.
Livreur pour Amazon, il sortait du domicile de son père & se rendait au travail.
[lire la suite - thread] 1/ pic.twitter.com/R8AxM7mQ9q
— Sihame Assbague (@s_assbague) March 26, 2020
Sofiane est conduit au commissariat, dont il ressort deux heures plus tard. Le lendemain, un généraliste prescrit quatre jours d'incapacité totale de travail (ITT). Huit jours plus tard, Sofiane, "encore choqué", n'avait toujours pas repris le travail, selon son avocat, Samim Bolaky, contacté par franceinfo.
Le jeune homme a adressé une plainte, consultée par franceinfo, au parquet d'Evry, principalement pour violences aggravées par personne dépositaire de l'autorité publique. Le parquet confirme à franceinfo l'avoir reçue vendredi dernier, en version numérique, pour contrer les lenteurs actuelles d'acheminement du courrier. En parallèle, une enquête pour rébellion est diligentée par le commissariat de Palaiseau à l'encontre de Sofiane, et le parquet d'Evry annonce à franceinfo avoir saisi, dès le 30 mars, la cellule déontologie de la Direction départementale de la sécurité publique de l'Essonne, une sorte d'équivalent local de l'IGPN. L'enquête est en cours.
Pour le conseil de Sofiane, le cas de son client n'est pas exceptionnel en temps de confinement. Il voit "un dénominateur commun" avec d'autres affaires : "les violences policières". Pour mettre en exergue ces dossiers, il souhaite tenir une conférence de presse virtuelle. Ses confrères Nabil Boudi et Mourad Battikh, qui représentent des victimes dans des affaires similaires, œuvrent dans le même sens.
"Une réaction disproportionnée"
Nabil Boudi est l'avocat de Ramatoulaye. Cette habitante d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), est contrôlée vers 16 heures, le 19 mars, alors qu'elle est sortie acheter du lait pour son bébé avec son petit frère. La jeune femme de 19 ans présente aux forces de l'ordre une attestation "avec la bonne heure et le bon motif", assure son avocat à franceinfo. Les policiers lui reprochent de présenter une attestation manuscrite et non pas imprimée, selon Nabil Boudi, ce qui est pourtant légal. Le ton monte. Un policier lui administre un coup de taser. "Elle perd le contrôle de ses membres et tombe. Un des policiers lui écrase le corps avec sa jambe", décrit l'avocat. Là encore, la scène est filmée par des riverains et diffusée sur Twitter. Ramatoulaye est embarquée dans un fourgon de police.
Aubervilliers quartier de la mala , bavure contre une adolescente voilée. Au alentour de 16 heures @PoliceNationale , partager partout et identifier svp , si c'était votre soeur vous auriez réagis comment !
pic.twitter.com/h4R7gSqJLg
— J'SUIS CHAUVE (@nader2Binks) March 19, 2020
Après une heure passée au commissariat, Ramatoulaye est relâchée sans aucune poursuite. Son état nécessite cinq jours d'ITT, selon son avocat et un certificat d'incapacité consulté par France Inter. Le médecin constate un "trauma à l’épaule gauche et au poignet droit", ainsi que des "hématomes". Ramatoulaye a déposé un signalement auprès de l'IGPN et a l'intention de porter plainte dans quelques jours. Son avocat a saisi le défenseur des droits. Contactée par franceinfo, la préfecture de police de Paris doit revenir vers nous prochainement sur cette affaire.
Le même jour, dans la soirée, à une vingtaine de kilomètres, Medhi* fait, lui aussi, l'objet d'un contrôle de police qui tourne mal. L'adolescent de 17 ans, domicilié à Torcy (Seine-et-Marne), présente une attestation non remplie et une fausse identité. Le Parisien affirme que Medhi crache sur les policiers, "en leur lançant qu'il était malade du Covid-19", mais pour son avocat, "rien ne l'établit dans le dossier". Les fonctionnaires le saisissent à la gorge, puis lui administrent un coup de taser dans la jambe gauche. Selon son avocat, l'adolescent est ensuite plaqué au sol et un policier réalise une clé d'étranglement. Medhi étouffe. Emmené au commissariat, il est placé en garde à vue, puis mis en examen pour outrage, rébellion et violence sans ITT.
Les témoins – pour beaucoup confinés – sont nombreux depuis leur fenêtre ou leur balcon. Deux d'entre eux, Hicham et sa compagne, apostrophent les policiers. "Hé, vous faites quoi, là ? C'est un gamin ! Il y en a combien qui sont morts comme ça ?", hurlent-ils, selon leur témoignage recueilli par Le Média.
CONFINEMENT ET VIOLENCES POLICIÈRES, DOUBLE PEINE POUR LES BANLIEUE
"Le flic qui était devant le jeune lui porte un coup à la cage thoracique, il est tasé, avec un plaquage ventral et une clé d'étranglement. J'ai cru qu'il allait mourir."
#COVID2019 #ViolencesPolicieres pic.twitter.com/ypDHRYJGsX— Le Média (@LeMediaTV) March 29, 2020
"Plus le confinement va durer, plus les tensions dans les quartiers vont augmenter, prévient Nabil Boudi. Il faut que les forces de l'ordre fassent preuve de pédagogie." Mourad Battikh abonde. Depuis le 17 mars, il a été sollicité à cinq reprises pour des violences policières, liées à une attestation mal remplie ou non présentée. "Il n'y a pas toujours de vidéo ni de témoin, donc pas forcément de plainte, mais dans tous les cas, il y a une réaction disproportionnée des forces de l'ordre", constate l'avocat. Dans le cas de Medhi, une plainte a été déposée au parquet de Meaux (Seine-et-Marne) pour violences volontaires commises par personne dépositaire de l'autorité publique avec usage d'une arme, omission de porter secours et injure publique à caractère raciste. La procureure de Meaux a saisi l'IGPN, vendredi, indique à franceinfo une source policière.
"Eviter de penser que ce sont des cas isolés"
Dans les Bouches-du-Rhône aussi, la police des polices est chargée d'enquêter sur les circonstances d'une interpellation menée en temps de confinement, comme le confirme une source policière à franceinfo. Les faits se sont déroulés le 30 mars, en début d'après-midi, à La Penne-sur-Huveaune. Parti en voiture faire des courses avec sa femme, un homme est arrêté par trois policiers. Ils leur reprochent d'être deux dans la voiture et veulent les verbaliser tous les deux, raconte cet agent de la propreté urbaine. La suite est visible dans les vidéos filmées par une riveraine. Le conducteur sort de son véhicule. "Rentre dans la voiture !", crie un policier en le plaquant contre la portière, tandis qu'un autre approche et lance des coups de pieds.
Prenez bien soin de vous !