« Remercier les gens de leurs efforts n’aurait pas été indigne d’un chef d’Etat »
Posté : 24 nov. 2020 09:26
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« Remercier les gens de leurs efforts n’aurait pas été indigne d’un chef d’Etat »
Pour la kinésithérapeute Marie-Esther Désir, plusieurs ingrédients manquent dans la lutte engagée par le gouvernement contre le Covid-19 : l’humilité, la bienveillance et la confiance.
Par Marie-Esther Désir (kinésithérapeute)
Publié le 23 novembre 2020 à 17h17
Je suis kinésithérapeute. J’ai fermé mon cabinet au printemps comme demandé. J’ai fait l’école à mes fils comme demandé. J’ai compris (comme beaucoup) qu’il faudrait des masques et en ai commandé des lavables, pour être prête pour faire mes courses masquée au déconfinement, comme demandé. J’en ai même mis un à mon fils de 7 ans depuis peu, comme demandé. Je remplis un formulaire unique en Europe pour m’auto-autoriser à sortir, comme demandé.
Bien.
Je ne demande pas une médaille, mes ami.e.s ou connaissances non plus.
Mais une amie m’a mis la puce à l’oreille en disant : « Mais est-ce qu’on nous a dit une fois merci pour avoir fait la classe en plus du reste ? »
Je me suis dit : « Quand même, on n’allait pas laisser nos enfants comme ça. Bien sûr on fait la classe. »
Eh bien non, elle a raison ! Pas une fois merci.
Et pourtant on a serré les dents et fait ce qu’il y avait à faire. (Mes patients sont nombreux avec les mâchoires serrées et à en avoir plein le dos !)
Essayer de positiver, méditer, faire du pain, ou des maracas pour les enfants avec des grains de riz dans des pots de yaourts vides… Sans parler de laisser le rideau fermé pour nombre de commerces, lieux de culture ou autre. On se plie largement aux règles.
A-t-on entendu merci pour ça ? Non.
On a plutôt pointé du doigt les gens qui se seraient rassemblés « un peu trop » à la libération estivale. Mais si on parle de guerre, si on utilise la peur comme outil d’adhésion et si on associe confinement et danger, alors bien sûr : déconfinement = libération.
Si on nous infantilise à remplir ces papiers avec ces règles étriquées (au Bic, une seule fois ! pas au crayon à papier) alors, évidemment, quand l’étau se desserre, on a envie de se cabrer.
S’il faut apprendre à vivre avec, peut-être serait-il temps de nous faire confiance, à nous, adultes français.
On ne peut pas dans le même temps demander aux gens de tenir des mesures restrictives, certaines disproportionnées (non, vous n’irez pas voir la mer qui est à 1,2 km de chez vous), et les punir d’amendes et même de prison, pour non-remplissage de l’attestation.
La vente des anxiolytiques et antidépresseurs flambe, ce n’est pas étonnant.
Lors de cette épreuve pénible et longue, reconnaître ses erreurs (l’utilité des masques) n’aurait pas été un signe de faiblesse de l’Etat, remercier les gens de leurs efforts n’aurait pas été indigne d’un chef d’Etat.
Cela aurait aidé les gens à rester solides et en confiance, et c’est indispensable.
Par contre, prendre des décisions capitales dans un conseil secret-défense où siège l’armée, et voter des lois, pointées du doigt par toutes les associations de défense des droits de l’homme, en procédure accélérée, cela n’est pas digne de la situation que nous traversons et n’aide certainement pas à la cohésion du pays.
Serge Hefez : « On ne peut pas “faire société” dans un pays travaillé par la peur »Nous avons plus que jamais besoin de dialogue, de transparence et d’honnêteté.
On doit rester un peuple uni et debout.
Dans le « monde d’après », j’espère que la confiance et la bienveillance auront un peu plus de place.
Marie-Esther Désir (kinésithérapeute)
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