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Espacer les doses pour vacciner plus : la stratégie oppose médecins et autorités sanitaires
Selon la Haute autorité de santé, espacer les deux doses de vaccin contre le Covid-19 permettrait de vacciner 700 000 personnes le premier mois. Certains médecins craignent que cela ne réduise l’efficacité du vaccin.
Par L'Obs avec AFP
Publié le 26 janvier 2021 à 07h00
Mis à jour le 26 janvier 2021 à 08h02
Faut-il espacer les doses de vaccin contre le Covid-19 de six semaines au lieu de trois ou quatre ? La démarche est préconisée par les autorités sanitaires qui espèrent ainsi que davantage de monde pourra être vacciné, mais des médecins craignent qu’elle ne nuise à l’efficacité de la vaccination.
La Haute autorité de santé (HAS) a ainsi recommandé samedi 23 janvier « d’élargir à 6 semaines le délai entre 2 doses de vaccin » au lieu de 3 et 4 semaines respectivement pour les deux déjà disponibles en France, ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna. Allonger le délai entre les deux doses permet d’augmenter le nombre de premières injections en utilisant les doses initialement prévues pour la deuxième, alors que l’on dispose d’un nombre limité de doses. « Espacer les deux doses permettrait de vacciner au moins 700 000 personnes de plus le premier mois », d’après la HAS.
L’Agence du médicament avait elle aussi jugé le 7 janvier qu’allonger l’intervalle à 6 semaines pouvait « être envisagé ». Et deux jours avant, c’est l’OMS qui était arrivée à la même conclusion, en soulignant que cela devait être motivé par des « circonstances exceptionnelles » (épidémie qui flambe et contraintes d’approvisionnement).
Le Royaume-Uni est allé encore plus loin en se donnant la possibilité d’espacer les doses de douze semaines.
Aggraver l’infection au lieu de la bloquer
Mais toucher à ce fameux intervalle est loin de faire consensus. L’Académie de médecine a ainsi mis en garde contre deux conséquences possibles d’un tel allongement. D’abord, le fait d’avoir un vaste nombre de personnes seulement partiellement protégées pourrait offrir « un terrain favorable » à l’émergence de nouveaux variants du coronavirus « échappant à l’immunité induite par la vaccination ». Ensuite, une protection imparfaite pourrait dans certains cas aboutir à aggraver l’infection au lieu de la bloquer, par l’intermédiaire d’un type d’anticorps appelés « anticorps facilitants ».
« Personnellement je ne suis pas pour l’agrandissement de ce délai », a déclaré dimanche l’infectiologue Karine Lacombe, cheffe de service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Invitée du Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro, elle a détaillé :
« Après une seule dose, on n’a pas atteint un niveau de protection suffisant pour ne pas être infecté, et si on espace trop les doses, il se peut qu’on n’atteigne jamais ce niveau suffisant d’anticorps pour être protégés. »
Selon un article publié le 22 janvier par la revue médicale « British Medical Journal », de premiers bilans de la campagne de vaccination en Israël laissent craindre que la protection conférée par la première dose soit inférieure à ce qu’avaient montré les essais cliniques (33 % contre 52 %), en tout cas pour les plus de 60 ans.
« Il faut maintenir les délais de 3 semaines pour Pfizer et 4 pour Moderna », a insisté lundi sur Twitter le néphrologue Gilbert Deray, selon qui « l’espacement des doses au-delà des délais recommandés à la suite des essais de phase 3 n’a pas de rationalité scientifique solide ».
Ces délais ont été fixés par les fabricants, et c’est sur cette base que se sont déroulés les essais menés sur des dizaines de milliers de volontaires, grâce auxquels les vaccins ont été autorisés (on appelle cela la phase 3). « L’efficacité et la sécurité du vaccin n’ont pas été évaluées pour d’autres calendriers de dosage », ont d’ailleurs souligné début janvier BioNTech et Pfizer.
S’adapter à l’urgence
Les instances favorables à l’allongement du délai ont toutefois fait valoir que chez certains volontaires de la phase 3, la seconde dose du vaccin Pfizer avait été administrée dans une fourchette de 19 à 42 jours après la première. Mais ces cas sont marginaux.
« 98 % des participants à l’essai de Pfizer/BioNTech et 92 % des participants à celui de Moderna ont reçu les deux doses à respectivement 3 et 4 semaines d’écart », a relevé l’Agence américaine des médicaments (FDA) dans un communiqué début janvier.
La FDA s’était alors prononcée contre un allongement du délai entre les doses :
« Procéder à de tels changements sans qu’ils soient étayés par les preuves scientifiques adéquates pourrait être contre-productif pour la santé publique.
L’évidence des protocoles (doit) parfois être adaptée à l’urgence des situations », a au contraire estimé le généticien Axel Kahn dans un billet publié sur son site.
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