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Covid long : "la première difficulté c’est de reconnaître notre ignorance", estime un médecin généraliste
Le maître de conférence à l'université Grenoble-Alpes participe à un groupe de travail de la Haute Autorité de Santé au sujet de la prise en charge de ces malades aux troubles persistants.
franceinfo
Radio France
Publié le 09/02/2021 15:39
Mis à jour il y a 59 minutes
Face aux personnes infectées par le Covid-19 qui souffrent de troubles persistants comme la fatigue ou une grande faiblesse musculaire, "la première difficulté c’est de reconnaître notre ignorance par rapport à cette maladie émergente", estime mardi 9 février sur franceinfo Yoann Gaboreau, médecin généraliste et maître de conférence à l'université Grenoble-Alpes. Il participe au groupe de travail de la Haute Autorité de Santé qui doit publier en fin de semaine des éléments de réponse au sujet de la prise en charge de ces "Covid longs", soit environ 10% des patients.
franceinfo : Certains malades du Covid long disent ne pas être entendus par les médecins, ne faut-il pas changer d'approche vis-à-vis d'eux et vis-à-vis du fait que, parfois, il faut savoir dire "on ne sait pas" ?
Yoann Gaboreau : La première difficulté c’est de reconnaître notre ignorance par rapport à cette maladie émergente. C’est un trait de caractère qu’il faut qu’on développe de plus en plus dans la communication et la relation médecin/patient. Alors oui, on est formé à avoir cette connaissance mais là on est effectivement dans nos limites. Il faut savoir le reconnaître et le dire aux patients pour pouvoir avancer ensemble avec les limites de nos connaissances respectives. Il faut qu’on mette les mots sur ce qu’on sait et sur ce qu’on ne sait pas.
Qu’est-ce qu’on sait justement ?
On a peu d'études de suivi pour les patients qui sont restés à domicile. On a donc peu d’éléments mais on constate sur ces personnes-là des formes prolongées.
Les symptômes qu'ils décrivent sont très variables.
Ça peut aller d’une très grande fatigue
à l’impossibilité de se tenir sur ses jambes
mais c’est très variable dans le temps
et d’une personne à l’autre.
Yoann Gaboreau à franceinfo
Dans la littérature, on a à peu près 10% des patients qui présentent encore des symptômes à un mois et à peu près 10 à 5% à six mois. De mon point de vue, ça ne fait pas du Covid long une maladie grave mais une maladie dont les répercussions sur la vie quotidienne des patients peuvent être assez importantes. Cela doit donc être pris en compte dans la prise en charge des patients qui ont des symptômes persistants.Faut-il une reconnaissance gouvernementale et donc une prise en charge officielle de cette catégorie de malades ?
Il faut rester, à mon sens, sur le côté territorial et la prise en charge individualisée des personnes. Chaque personne a une forme différente de cette forme prolongée et il faut qu’on personnalise la prise en charge au plus près. Avoir une reconnaissance gouvernementale ou des parcours de soins particuliers pour ces personnes, pourquoi pas, mais ce n’est pas de notre ressort. Je pense qu'il faut surtout une reconnaissance au niveau national de ces formes prolongées. Cela me paraît assez important pour qu’il y ait au moins une forme de publicité, pour que ce soit connu et reconnu dans la société.Quelle est la priorité des recherches pour pouvoir mieux traiter ?
La priorité c’est de pouvoir faire de la prévention primaire, éviter d’attraper la maladie, et en prévention secondaire, si on l'attrape, trouver des traitements qui puissent ralentir la réaction inflammatoire pour pouvoir éviter des formes graves, des formes sévères et donc des formes prolongées. Concernant les traitements, j’ai pour ma part un conflit d’intérêt parce que je suis l’instigateur principal d’une étude qui s’appelle Hydro-COVID. Elle vise à ralentir cette réaction inflammatoire dès le tout début de la maladie pour avoir un impact derrière sur la survenue des Covid longs. Le but du jeu étant de faire des cures d’eau à l’hydrogène pour diminuer cette réaction inflammatoire et avoir, on l’espère, un impact sur les symptômes prolongés.
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